Voici déjà deux ans, j'ai visité le Fablab de Crest (26).
C'est une espèce de caverne d'Ali-geek-Baba où l'on rencontre un tas de machines étranges :
imprimante 3D, découpeuse laser, plotter de découpe,
fraiseuse numérique. On y trouve aussi des gens attirés par ce
genre de technologies et prêt à partager
leurs connaissances en la matière.

Une fois sorti du lieu, et bien qu'interessé par son principe collaboratif,
je ne voyais pas trop comment utiliser tout ça dans ma
pratique quotidienne d'impression typographique.
J'ai donc remisé ces possibilités techniques dans un coin de ma
petite cervelle, et me suis replongé dans le plomb.

De plus en plus, j'ai porté une attention méticuleuse aux dessins
de caractères et à ce qui leur donnait leurs particularités. J'avoue, je
suis tombé légèrement amoureux du "a" bas de casse de l'Helvetica.
J'ai même bien failli m'en faire tatouer un exemplaire, c'est vous dire.
J'en suis arrivé au point, parfois dangereux, où je regardais pendant
trop longtemps les panneaux routiers. Je n'arrivais plus à suivre un film,
passant mon temps à observer la police de caractère utilisée pour les sous-titres.

Plus j'avançais dans ce délire, plus je plongeais dans l'histoire des polices, de leurs
créateurs et des fonderies qui les diffusaient, plus un projet un peu fou
commença à prendre forme à l'endroit même de mon ciboulot où j'avais
remisé le Fablab...

Il m'est apparu que se serait un beau travail de demander à des ami(e)s
graphistes de me dessiner un caractère, et que j'utiliserais une des machines
du Fablab (en l'occurence la fraiseuse numérique) pour graver ce caractère
dans le bois; l'idée me plaisait assez d'utiliser un outil ultra-moderne pour
fabriquer un caractère en bois que j'imprimerais ensuite grâce à une presse
à épreuve typographique, soit la presse la plus archaïque qui soit.

Mais comme tout ça me paraissait un peu simple, il m'a semblé qu'il
serait plus amusant de proposer ce projet à des gens qui n'avaient aucune
idée de ce qu'était un caractère d'imprimerie, et pour qui la typographie pouvait
tout aussi bien être une maladie contagieuse.
Oui, c'était décidé, j'allais travailler avec... des collégiens !

 

J'ai donc monté un dossier présentant l'idée, et l'ai proposé à droite à gauche.
C'est grâce à Nathalie Nuguet, professeur de français au collège-lycée Notre-Dame,
à Mâcon, que ce projet à enfin vu le jour. Nous sommes parti à l'aventure typographique,
avec ses 6ème C, et voici le résultat.

 

Une fois les présentations faites, le premier exercice a été un "Mur du son typographique".
Il s'agissait de faire comprendre aux élèves les principes de base
de l'impression typographique
et ce que sont des caractères en bois

mur-du-son-01

Les participants choisissent les caractères dont ils ont besoin
pour composer un son. Bien sur, un "BOUM" qui prend toute
la page, ce n'est pas la même explosion qu'un petit "boum"
dans un coin de la feuille.

bou

Qson

Qson2

Qson3

Qson4

Ensuite, je leur ai raconté un peu l'histoire de l'écriture, de ses outils,
jusqu'à l'invention de la presse, du caractère individuel...

Qu0

Et puis, il a fallu décider de qui ferait quoi. Nous avions 28 élèves ;
j'ai décidé très démocratiquement (tout seul) qu'en plus des 26 lettres
de l'alphabet, nous aurions une esperluette (&) et un o dans l'e .
En y repensant, on aurait aussi pu faire un arobase (@).
Bon, ce sera pour la prochaine fois.

chacun-sa-lettre

Et puis nous avons donc commencer à réfléchir à notre future police.
Un premier travail, suivant le mur du son, a été de regarder autour de soi.
L'idéal aurait été de se balader en ville et d'observer affiches et enseignes,
mais c'était un peu trop compliqué, alors nous avons fais avec les moyens du bord...

page-de-G

page-de-T

page-de-U

Ensuite, les choses sérieuses ont commencé. Il a fallu, en une journée,
dessiner notre police. Le but était d'avoir une vrai police, et pas un
ensemble dépareillé de caractères. Nous voulions pouvoir imprimer
un abécédaire, pas une lettre anonyme. Allez les enfants, au boulot !

6C-a

6C-et

6C-i

Très vite, le motif de la flèche s'est imposé, et il a ensuite été assez
facile de conduire des groupes de travail en regroupant certains
caractères, comme le p, le q, le b, le d, à côté le a, le o, le u etc.
Je suis reparti en fin de journée avec un alphabet aussi avancé qu'il pouvait
l'être, vu le temps que nous avions eu à notre disposition.
Il me restait à numériser les dessins, les vectoriser pour que la fraiseuse
du fablab puisse les interpreter, et bien sur à demander à Théo de préparer
les planches d'érables dans lesquelles nous allions graver 3 jeux complets de
caractères : le premier pour que chaque élève ait sa lettre, le deuxième serait
vendu lors de l'exposition finale, et le troisième serait incorporé à ma collection
et finirait en mur du son un jour ou l'autre.

chez-theo

 

Enfin, le dernier atelier : imprimer les nouveaux caractères,
et trouver un nom à cette nouvelle police :
ce sera la "Réflé6C" (mélange astucieux de réfléchissez, flèche et 6ème C).

sur-un-plateau2

La voici, toute neuve, unique au monde... et servie sur un plateau !

voici-le-a

voici-le-e

voici-le-g

voici-le-h

voici-le-i

refle6C

La "Réflé6C"

Et pour finir, il fallait montrer au monde ébahi (et surtout aux parents) ce résultat fantastique.

Nous avons donc organisé une exposition à l'étage de la librairie "Le cadran lunaire".

la-classe

presentoir-refle6c

presentoir02-refle6c

boite-finale

Chaque élève repart avec un son caractère mit en boite, et une affiche.

 

Remerciements.

Cette belle aventure, je n'aurais pu la mener seul.
Je tiens donc à remercier, en premier lieu Nathalie Nuguet, sans qui rien
n'aurait été possible. Merci aussi aux autres enseignants qui se sont
impliqués dans ce projet qui touche un grand nombre de discipline, et
merci à la hiérarchie de l'établissement qui a bien voulu nous faire
confiance (mais qui n'a pas encore fini de me payer ;)).

Et bien sur, merci aux élèves : c'était sportif parfois,
mais on s'en est bien sorti, vous pouvez êtrez fier
de votre travail !
Merci aux libraires du Cadran pour leur gentillesse.
Merci à l'équipe technique sans qui la fraiseuse numérique aurait continué
à n'être, à mes yeux qu'un très grand et très beau tas de ferraille :
Merci à David pour sa disponibilité et son humour, et toute l'équipe du Fablab,
merci à Théo pour sa disponibilité et son érable.

Si ce projet vous intéresse, je serais ravi de le développer chez vous.
Il ne s'adresse pas seulement à des collégiens, mais peut s'adapter à toutes
sortes de publics, des associations d'alphabétisations, des maisons de retraites
pourquoi pas, des écoles plus tournées vers le graphisme bien sur...

D'autre part, je suis à la recherche de soutiens financiers, pour pouvoir proposer
ce projet à des structures qui n'en aurait pas forcément les moyens, et je suis
en train d'obtenir un Cerfa permettant aux entreprises de donner de l'argent à
l'association Draw-Draw et de le déclarer en don...

n'hésitez pas à me contacter,
j'ai un dossier de présentation à votre disposition,
que vous pouvez lire en cliquant, en haut à droite de ce blog,
au rayon "Pages", et "Quel caractère !"
A très bientôt j'espère...

Pour toutes questions : drawdraw@outlook.fr