A l'origine de l'imprimerie, la plupart des ateliers typographiques, soit possédaient
le matériel nécessaire pour fondre leurs propres polices de caractères, soit ils louaient
les matrices permettant d'effectuer ce travail, soit ils embauchaient un graveur de poinçons
qui créait alors des caractères sur mesure. Nicolas Jenson dessine ainsi un très élégant
caractère grec.

Mais très vite, l'industrie du "livre mécanique" (en opposition au désormais obsolète
"livre manuscrit") s'organise et se spécialise, dans le but, bien sûr, d'accélerer sa
capacité de production.

Au XVIIIème siècle, la taille des caractères se normalise et se comptent en points Didots,
du nom de leur inventeur. Aujourd'hui encore, dans les traitements de texte, on utilise
des points, certes différents, mais le principe et le vocabulaire reste les même ; on parlede "Cooper black" ou de "Times" de corps 12 ou 24 (points).
Autrefois, lorsqu'on pouvait se permettre un peu de poésie, les corps portaient des noms.
Il y avait le Comma (corps 2, sic !), le Diamant (corps 3) l'Agate (corps 5), la Mignonne,
la Parisienne ou la Gaillarde, sans parler du Canon et du Cicéro.

S'il y a deux grandes familles d'imprimeries qui se forment, celle du labeur (l'édition) et de la
presse (journaux), les deux s'alimentent en caractères aux mêmes sources : les fonderies
de caractères.

Dans les années 1950, et bien qu'une part grandissante des textes imprimés provienne
de la "composition chaude", c'est à dire non plus composés à la main par des ouvriers
compositeurs (des "singes", en opposition aux "ours", qui conduisaient les presses) mais
issue de machines automatiques moulant directement le plomb chaud dans des matrices,
comme la Linotype, mise au point en 1884 par Mergenthaler à Baltimore, puis la Monotype,
plus complexe encore et prélude à la photo-composition, il existait des fabriquants et des
revendeurs de polices de caractères en plomb et en bois.

Longue phrase, pas vrai ?

On nommera, à titre d'exemple et parce qu'ils se tiraient la bourre, les Marseillais de la
fonderie Olive (créateurs, entre autre, et grâce au talent de Roger Excoffon) du Vendôme,
du Mistral, de l'Olive, de l'Antique, de la Banco et de la Choc) et les parisiens Deberny & Peignot,
qui proposait le Peignot, l'Europe, la Caravelle et l'Etoile, la Président ou la Nicolas Cochin...

Pour présenter leur catalogue à leurs clients imprimeurs, les fonderies éditaient des "spécimens",
parmi lesquels on pouvait choisir et commander, au poids, les polices nécéssaires à l'exécution
d'un travail précis.

Cette longue introduction pédagogique n'est là, en réalité, que pour m'aider à vous présenter
de nouvelles affiches réalisées dans les ateliers Draw-Draw.

Le soucis des fonderies était de présenter des textes les plus neutres possibles, ou en tout cas
les plus vides de sens, pour ne pas gêner le choix de leurs clients. Elles avaient donc pris pour
habitude d'imprimer des extraits issus de livres, parfois religieux, parfois techniques,
parfois provenant d'une feuille de chou locale, mais le plus souvent on alignait des mots sans
rapport les uns avec les autres.

Il ne s'agit pas de pangramme, ces phrases comprenant toutes les lettres de l'alphabet ( le fameux
"portez ce vieux whisky au juge blond qui fume" ), et on est plutôt proche de l'écriture automatique
surréaliste ou de la liste de course d'Hugo Ball.

Les affiches suivantes sont donc inspirées des pages d'un catalogue Deberny & Peignot, et sont
composées de caractères bois provenant de ce qui reste de l'ancienne imprimerie parisienne
de L'UNION, autrefois imprimerie Hardy, dont le descendant possède une collection de caractères
en bois tout à fait impressionnante...

boucher-les-abeilles

boucher-detail

fleur-de-jardin

plumes-d-oies

vol-du-bourdon

fig-2a

fig-2c

 

Bon, celle-ci a été composée grâce à ce fameux doigt typographique
offert cet été par l'ami Alain de Mens. Merci mon ami ;)
On notera au passage que le signe ressemblant à un flocon
de neige fait aussi partie du catalogue Deberny...

plus-ou-moinsw

J'ai trouvé les anciens noms des corps de caractères dans le très bon livre "Chier dans le cassetin aux apostrophes" de
David Alliot, 1000ème titre des éditions Horay.

 

On pourra se procurer l'une de ces (rares) affiches en venant flâner au GMOU (grand magasin d'objets uniques)
du Quai de Pont de Barret les 3 & 4 décembre prochain.